Le rêve parfait

Un cadre séparé en deux, d’un coté un salon avec un homme habillé en rouge sur un canapé, de l’autre une cuisine avec une femme au tablier.

Je traite là de la difficulté d’une relation de couple dans un espace réduit.

Le cadre de la photographie englobe ici l’intégralité de la scène, il n’y a pas de hors champ, tout est donné dans l’image. Pas de possibilité non plus de «   sortie  » de la photographie par la profondeur car les fenêtres sont fermées et leur verre, qui reflète la lumière, prolonge l’espace du mur comme délimitation du territoire.

Au premier plan et au centre, un pan de mur imposant découpe l’espace intérieur. Chaque individu est confiné dans sa case, à l’intérieur de la photographie.

Les éclairages très présents et les aplats de couleurs qui en résultent rappellent les films de Fassbinder, une théâtralité du banal, entre un certain réalisme et un absurde guignolesque.

Les modèles sont des caricatures de «l’homme bière-foot» et de la «femme aux fourneaux». Mais ces stéréotypes, adjacents dans une photographie, ne se rencontrent jamais, n’échangent pas.

Chacun a son activité autonome bien que parfois l’une puisse influencer l’autre, mais jamais de manière directe.

Dans ce huis clos, où «l’enfer c’est les autres» (et «l’autre côté»), il n’y pas d’échappatoire possible. L’homme s’absente (il dort) ou se supprime (il passe par la fenêtre).

L’homme, aliéné par son milieu, conditionné par cet espace trop réduit, est conduit à l’échec d’un comportement. On ne peut dire si c’est lui qui rejette cet espace, ou si c’est l’espace qui le rejette, comme un « rejet de greffe  ». Si bien qu’il finit par sembler étranger à son propre milieu.

Lorsque la femme regarde la caméra, elle porte à la conscience du spectateur sa propre condition, et l’impossibilité d’y échapper, comme une fatalité.

Je joue tantôt sur une mise en scène évidente et tantôt sur plus d’ambiguïté, sur des gestes non identifiables clairement. Ceci ajouté à l’éclairage inhabituel crée un certain malaise, mais très léger, qui s’inscrit dans la vie quotidienne où chacun peut se reconnaître. Le spectateur, comme les personnages, se rend compte progressivement qu’il y a un malaise à identifier.

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