Gardiens

Depuis l’ouverture à l’économie de marché capitaliste il y a plus de 30 ans, les villes chinoises n’ont cessé de connaitre un développement accéléré pour aboutir aux mégalopoles que l’on connait aujourd’hui, villes immenses, aux buildings à perte de vue.

La capitale, Beijing, compte ainsi plus de 22 millions d’habitants avec un fort écart de niveau de vie. La nouvelle classe moyenne (au salaire équivalent des français) loge dans des résidences prestigieuses d’immeubles à 30 ou 40 étages . Tandis que la (jeune) main-d’oeuvre bon marché immigrée des provinces alentours (au salaire d’une centaine d’euros), cohabite dans les sous-sols, les immeubles délabrés et les quartiers formés par les anciennes villes périphériques (maintenant englouties par l’expansion de la capitale).

Un travail très rependu parmi cette jeune main d’oeuvre (quelque peu éduquée) est celui de gardien : gardien d’immeubles, de résidence, de parking. C’est à ces hommes, aux âges proches du mien, que je croisais presque à chaque coin de rue que je me suis intéressé.

Fraichement débarqué de leur province ils nourrissent des rêves de réussite dans lagrande ville. Pour eux, ce métier est souvent envisagé comme une situation « provisoire » mais qui, bien souvent, s’éternise.

L’occupation principale de ces gardiens est de tuer le temps en faisant le piquet. Ainsi il n’est pas rare de les voir jouer entre eux ou avec leur téléphone portable. Ils sont accoutrés d’un uniforme de fonction impressionnant qui rappelle ceux d’une certaine police, mais qui ne leur procure par contre aucun pouvoir particulier. Ils tentent ainsi, tant bien que mal, d’incarner le sérieux et la respectabilité des immenses immeubles qu’ils gardent fièrement. De plus, le choix de la nuit comme moment de prise de vue augmente, d’une part, l’effet imposant de cette nouvelle ville lumière à l’architecture colossale, et d’autre part, contraste avec la vulnérabilité des corps ces jeunes hommes isolés. Ajoutons à cela une « formation » quasi nulle et un manque d’organisation générale, leur fonction semble bien souvent dérisoire, se rapprochant plus de faire-valoir qu’autre chose. Toute résidence qui se respecte doit avoir son ou ses gardiens.

D’autre part, avec l’ouverture sur l’occident s’est développé, parmi la nouvelle génération, une fascination pour l’occident en général (et donc pour l’occidental). Cette série illustre ce fait, notamment lorsque les gardiens se prêtent au jeu de la pause enjouée que je leur propose, parfois absurde, qui va à l’encontre du sérieux qu’ils sont censés représenter.

A travers cette série je propose donc un regard amusé sur le désir d’apparence de cette nouvelle société chinoise propulsée en quelques années au rang de nouvelle superpuissance mondiale.

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